
Les défis sanitaires de l’Asie incluent une population vieillissante, une augmentation des maladies et des infrastructures surchargées, mais la crise est mieux comprise à la table de la cuisine, où les familles décident quelles maladies traiter et lesquelles ignorer, en fonction de leurs économies.
Alors que la région APAC représente 60 % de la population mondiale, elle ne représente que 22 % des dépenses mondiales de santé. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la plupart des pays asiatiques en développement consacrent seulement 2 à 3 % de leur PIB à la santé et, dans de nombreux cas, le financement public s’élève à moins de 150 dollars par personne et par an, contre plus de 4 000 dollars par personne selon les normes de l’OCDE. Les goulots d’étranglement dans les marchés publics aggravent les frictions et retardent près de 40 % des grands projets de santé. Cela signifie que, dans la pratique, les familles ont souvent absorbé les coûts, les médecins ont improvisé et les communautés ont supporté le fardeau.
Cependant, avec le vieillissement démographique plus rapide que l’augmentation des revenus, ce modèle n’est plus viable. Les taux croissants de maladies chroniques exigent des soins tout au long de la vie, plutôt que des interventions ponctuelles. Dans le même temps, le stress climatique amplifie les maladies respiratoires et hydriques, tandis que les Asiatiques les plus riches exigent des soins de santé plus dignes et de meilleure qualité.
Les gouvernements ont atteint le seuil de ce que les finances publiques seules peuvent offrir. Les soins de santé sont en concurrence avec l’éducation, la défense et les infrastructures pour obtenir un capital public limité. Même les gouvernements les plus engagés ne peuvent accroître leurs capacités assez rapidement.
Les capitaux privés seront essentiels au développement des systèmes de santé asiatiques : ils peuvent évoluer rapidement et déployer un financement patient et flexible qui permet de nouveaux projets et des plateformes évolutives.
Il rassemble les trois capacités dont la région a un besoin urgent : un investissement à long terme qui correspond à l’horizon pluriannuel des infrastructures de santé, une discipline opérationnelle qui renforce la gouvernance et les normes cliniques, et une évolutivité au niveau du système que les marchés fragmentés ne peuvent atteindre à eux seuls.
Le cas du capital privé
Dans toute l’Asie, la plupart des nouveaux lits d’hôpitaux sont déjà financés par des fonds privés. Les réseaux de dialyse, les plateformes d’oncologie, les systèmes de diagnostic et les nouvelles usines pharmaceutiques n’existent que parce que les capitaux privés ont évolué plus rapidement que les systèmes publics.
Le marché asiatique des soins de santé devrait atteindre 5 000 milliards de dollars d’ici 2030, représentant 40 % de la croissance mondiale du secteur. Les investisseurs privés saisissent cette opportunité parce que les soins de santé en Asie sont une affaire de volume : les bénéfices ne sont pas réalisés en facturant davantage à moins de personnes, mais en traitant davantage à moindre coût. C’est pourquoi les modèles de soins de santé les plus efficaces d’Asie sont différents de ceux de l’Occident. À Singapour, les centres de chirurgie ambulatoire permettent aux patients de rentrer chez eux en quelques heures, contrairement aux séjours hospitaliers plus longs courants dans les systèmes occidentaux. En Inde et en Chine, les plateformes numériques et les registres nationaux de santé réduisent les délais d’attente et les erreurs, comblant ainsi les lacunes d’interopérabilité qui pèsent encore sur de nombreux systèmes développés.
Ce modèle nécessite du capital patient : des investisseurs prêts à réinvestir, à travailler aux côtés des médecins et des régulateurs et à renforcer leurs capacités au fil du temps. Autrement, combler le déficit de santé en Asie nécessiterait des millions de nouveaux lits et des centaines de milliers de médecins, un processus qui prendrait des décennies. La technologie et l’IA deviennent donc des leviers essentiels : renforcer les capacités de diagnostic, réduire les visites inutiles et étendre les soins aux zones rurales et périurbaines. Au lieu de s’appuyer uniquement sur des ressources humaines limitées, la technologie rapproche les soins du patient.
Les investisseurs dans le secteur de la santé ne devraient pas avoir à choisir entre profit et objectif. Plus les soins seront dispensés efficacement, plus ils seront abordables et plus ils pourront avoir un impact positif sur de nombreuses vies, tout en générant des bénéfices pour les investisseurs. Depuis l’investissement de Quadria dans NephroPlus en mai 2024, le réseau de dialyse a ajouté plus de 110 centres, amélioré les résultats pour les patients, renforcé la gouvernance et les partenariats, et s’est développé à l’international, avec notamment l’approbation d’ouvrir son premier centre en Arabie Saoudite plus tard cette année. Sa récente introduction en bourse démontre que l’expansion des soins de santé essentiels peut avoir un impact mesurable sur la santé et de solides rendements pour les investisseurs.
Construire des systèmes axés sur les résultats
La question qui se pose à l’Asie n’est plus de savoir si les capitaux privés doivent être impliqués dans les soins de santé. C’est déjà le cas. La vraie question est de savoir si vous serez suffisamment patient, discipliné, fondé sur des principes et socialement aligné pour affronter le moment présent.
Le risque aujourd’hui n’est pas un excès de capitaux privés, mais un capital mal aligné. Trop souvent, l’investissement à long terme dans le secteur de la santé est mis de côté, non pas parce que le besoin n’est pas clair, mais parce que les cadres d’investissement en vigueur sont mal adaptés aux réalités du secteur de la santé : longs délais de construction, complexité réglementaire et rendements qui dépendent des résultats plutôt que de la rapidité.
Les gouvernements ont donc un rôle décisif à jouer. En réduisant les risques liés aux investissements essentiels dans les soins de santé, en établissant des règles de marché plus claires et en renforçant la gouvernance, les décideurs politiques peuvent attirer des capitaux privés patients et garantir que l’impact et les rendements se renforcent mutuellement plutôt que de s’affaiblir.
En fin de compte, les systèmes de santé ne sont pas jugés sur une base idéologique, mais sur des résultats : ce qu’ils coûtent aux gens non seulement en argent, mais aussi en dignité, en temps et en tranquillité d’esprit. Et selon que, lorsque la facture arrive, elle met fin à une vie ou lui permet de continuer.
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